L'assassinat de Jane Austen par P.D James..

L'assassinat de Jane Austen par P.D James..

On ne connaît de P.D. James pas grand-chose, sauf son plus grand succès, Les Fils de l'homme, adapté magistralement par Alfonso Cuarón en 2008. En repensant à cette dystopie dramatique (et pas si fantastique ni dans un futur si éloigné que ça) on se demande comment ce ténor anglais des romans policiers a pu s’intéresser à un tel sujet.
Bon, on devine bien, en fait, pourquoi P.D. a écrit une suite aux orgueils et préjugés d’Elizabeth Bennet, elle n’est, après tout, qu’une femme, touchée par le romantisme d’une grande histoire d’amour qu’elle ne veut pas voir s’arrêter. Et qui sommes-nous pour l’en blâmer ? Qui, parmi nous, lectrices au cœur rose bonbon, n’a pas imaginé la vie d’Elizabeth Darcy, mariée à l’homme qu’elle aime, vivant dans un palais de marbre sans ses sœurs et sa mère sur le dos (le rêve de toute femme, en bref et en costume d’époque).
Partons donc sur l’hypothèse que P.D. James rédigea la « suite officielle » d’Orgueil et Préjugés avec comme seule volonté celle de faire revivre son héroïne préférée. Il devient donc logique que notre reine du meurtre juge cohérent d’adapter son genre d’intrigue au style de Jane Austen. (L’inverse, ayant eu comme conséquence d’imiter cette horde de young adults hystériques transposant une intrigue victorienne à l’époque moderne… (what a shame)).
Mais pourquoi un meurtre, P.D ? Pourquoi ?
Le décalage que créé le type d’intrigue de cette « suite officielle » avec sa base de travail ne quitte pas le lecteur qui, tout au long de sa lecture, se demande comment l’auteur a pu infliger un tel drame à une telle héroïne. N’oublions pas que, même si les fanfictions se démultiplient et offre un prolongement aux œuvres littéraires adulées par les lecteurs, certaine œuvres sont faites pour être achevées. Et dans ce cas, entre offrir une suite insipide ou un avenir totalement abracadabresque, ne choisissons aucune de ces options, laissons les morts tranquilles en inventant de nouvelles intrigues, de nouveaux héros et de nouveaux espoirs.
« J’abandonne promptement des sujets aussi détestables, car je suis impatiente de faire retrouver à ceux qui n’ont pas grand-chose à se reprocher une certaine tranquillité, et d’en avoir terminé avec les autres » Jane Austen, Mansfield Park, 1814


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par Aline Debenath