Aline Debenath

Aline Debenath

Assistante numérique chez Albin Michel

  Paris

L'assassinat de Jane Austen par P.D James..

jeudi 24 octobre 2013      La mort s'invite à Pemberley

On ne connaît de P.D. James pas grand-chose, sauf son plus grand succès, Les Fils de l'homme, adapté magistralement par Alfonso Cuarón en 2008. En repensant à cette dystopie dramatique (et pas si fantastique ni dans un futur si éloigné que ça) on se demande comment ce ténor anglais des romans policiers a pu s’intéresser à un tel sujet.
Bon, on devine bien, en fait, pourquoi P.D. a écrit une suite aux orgueils et préjugés d’Elizabeth Bennet, elle n’est, après tout, qu’une femme, touchée par le romantisme d’une grande histoire d’amour qu’elle ne veut pas voir s’arrêter. Et qui sommes-nous pour l’en blâmer ? Qui, parmi nous, lectrices au cœur rose bonbon, n’a pas imaginé la vie d’Elizabeth Darcy, mariée à l’homme qu’elle aime, vivant dans un palais de marbre sans ses sœurs et sa mère sur le dos (le rêve de toute femme, en bref et en costume d’époque).
Partons donc sur l’hypothèse que P.D. James rédigea la « suite officielle » d’Orgueil et Préjugés avec comme seule volonté celle de faire revivre son héroïne préférée. Il devient donc logique que notre reine du meurtre juge cohérent d’adapter son genre d’intrigue au style de Jane Austen. (L’inverse, ayant eu comme conséquence d’imiter cette horde de young adults hystériques transposant une intrigue victorienne à l’époque moderne… (what a shame)).
Mais pourquoi un meurtre, P.D ? Pourquoi ?
Le décalage que créé le type d’intrigue de cette « suite officielle » avec sa base de travail ne quitte pas le lecteur qui, tout au long de sa lecture, se demande comment l’auteur a pu infliger un tel drame à une telle héroïne. N’oublions pas que, même si les fanfictions se démultiplient et offre un prolongement aux œuvres littéraires adulées par les lecteurs, certaine œuvres sont faites pour être achevées. Et dans ce cas, entre offrir une suite insipide ou un avenir totalement abracadabresque, ne choisissons aucune de ces options, laissons les morts tranquilles en inventant de nouvelles intrigues, de nouveaux héros et de nouveaux espoirs.
« J’abandonne promptement des sujets aussi détestables, car je suis impatiente de faire retrouver à ceux qui n’ont pas grand-chose à se reprocher une certaine tranquillité, et d’en avoir terminé avec les autres » Jane Austen, Mansfield Park, 1814



Commentaire

jeudi 24 octobre 2013      1 Commentaire      Gravity
Totalement d'accord avec toi, Gravity est un film tellement original par son pitch, sa composition et son duo d'acteur! et surtout, le retour de George...

Inferno, l'enfer c'est les 500 premières pages...

mardi 15 octobre 2013      Inferno - Version française

Maître incontesté des ventes en France dès qu’un de ses romans parait, Dan Brown surfe sur la vague du policier historique qui a fait son succès. Dans Inferno, on retrouve notre cher professeur Langdon, héros des quatre précédents romans (et des deux derniers films à gros budgets made in Hollywood). Toujours célibataire, toujours professeur de symbologie, toujours accro à sa montre Mickey et à ses vestes en tweed, notre cher héros se retrouve à nouveau accompagné dans une nouvelle aventure rocambolesque par une jeune femme pas si bête et pas si superficielle que ça…

Les apparences sont trompeuses chez Dan Brown, cela du moins, nous pouvons le lui accorder. Maitre Brown commence son nouveau roman par une amnésie du héros, ce qui lui permet un peu de pub (en a-t-il vraiment besoin ?) et résume en quelques phrases les aventures précédentes du célèbre Robert Langdon. Simple besoin de poser un contexte ? D’exposer au nouveau lecteur le statut du héros (et lui permettre de courir acheter les tomes précédents) ? Selon moi, un risque de l’auteur qui commence une histoire en plein milieu de son intrigue. On connait le style de Dan Brown : en révéler peu pour arriver à un final explosif. Les miettes que nous jette Dan Brown sont fades, avouons-le. On rencontre pléthore de nouveaux personnages, chacun présentés sous un angle neutre, centré sur leurs sentiments actuels ou passés, mais par fragments, pour ne connaitre aucune de leurs motivations. Quoiqu’il en soit et au final, on est floué. Pas par manque de perspicacité, par manque d’indice !
 A ne rien nous révéler, ce livre se lit trop vite, malgré son nombre de page indu. On le dévore comme une drogue qui ne nous satisfait pas car si son intrigue est bonne  (on veut savoir ce qui est arrivé à ce pauvre Pr Langdon qui perd un peu de son statut héroïque après tous ces passages à l’hôpital…) son arrière-goût est amer. Oui, Robert Langdon va survivre (pourquoi tuer un personnage qui rapporte autant à son auteur ?). Non, il ne va pas entamer une relation romantique avec sa partenaire féminine (à nouveau, pourquoi tuer un héros qui rapporte autant ?). Robert Langdon est immortel, ne nous inquiétons donc pas.

Malgré tout, le frisson, tout à fait irrationnel mais essentiel à tout roman policier, est bien là et les quelques pages relatant la  chute finale en valent la peine. Une bonne intrigue vaut-elle une nuit blanche, penchée sur un écran rétro-éclairé ? J’en doute, mais les accros au genre tomberont tous dans le panneau, au risque de tomber dans des limbes d’ennui  en lisant les 500 pages précédentes.

The Artist

mercredi 09 octobre 2013      The Artist (Oscar® et César 2012 du Meilleur Film et ...

Si un mot devait résumer le film qui a consacré Jean Dujardin comme le nouveau Belmondo, ce mot serait de n'en dire aucun. La plupart des spectateurs ont suivi cette règle en sortant de la salle rose climatisée d'un cinéma presque à l'abandon, dans lequel était projeté en avant-première le dernier film de Michel Hazanavicius: The Artist.

Accompagné par des musiques toutes aussi diverses que les situations qu'elles enrichissent, et de ces bandeaux, utilisés avec grande parcimonie pour permettre au spectateur d'entendre ce qui lui plait, ce film nous permet d'affirmer qu'au cinéma, de mot, nul n'est besoin. La gestuelle est un art qui inspire, qui transmet et qui émeut plus que tous les discours.Parmi les mélodies qui nous sont proposées, la plupart sont enjouées, quelques fois douces, elles peuvent aussi être violente au point que le bruit nous devienne insupportable. Car en effet, la mélodie la plus belle est celle du silence. Silence qui intensifie les scènes qu'il accompagne en les rendant pesantes, communiquant au spectateur toute la tension nécessaire pour, plus que de comprendre l'histoire, enfin, il la vive en tant que protagoniste.

La mélodie du silence, c'est l'artiste qui l'incarne, l'acteur muet, n'accepte pas le passage au cinéma parlant. Un cinéma moderne, qui rompt trop avec l'art classique de ce défilé d'image sur l'écran blanc d'un immense théâtre, accompagné d'un véritable orchestre dans les année 20. Hélas, le peuple ne veut plus de l'art en 1929. il ne cherche qu'une seule chose en allant au cinéma: l'oubli de ses misères grâce au divertissement de son esprit.Et les producteurs, réalistes, finissent par comprendre et accepter cet état de fait, cette dégradation de la qualité pour la quantité, synonyme de bénéfice.

Et voilà notre artiste, un tantinet orgueilleux, qui cherche à se faire entendre sans parler, dans un monde qui n'écoutait déjà plus.