Justyne

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"Il n'y a vraiment que deux choses qui puissent faire changer un être humain : un grand amour ou la lecture d'un grand livre." Paul Desalmand

  Melun

Grand Central de Rebecca Zlotowski, pas franchement convaincant...

mercredi 02 octobre 2013      Grand Central

Tout le monde parlait de ce film partout : impossible de traverser la rue sans voir une affiche, d'ouvrir un journal gratuit sans lire une critique élogieuse de Grand Central, allumer la télé sans voir les acteurs invités sur divers plateaux... Forcément, cela aiguise ma curiosité et m'amène à me rendre dans un cinéma pour me forger mon propre avis sur ce film prétendument "grandiose".
Et franchement ? Bof.

Le scénario est plutôt mignon : nous avons le jeune Gary (Tahar Rahim), plutôt malin et les pieds sur terre, qui enchaîne les petits boulots jusqu'au jour où il se voit embauché dans une centrale nucléaire, exposé chaque jours aux ondes radioactives. Mais peu importe, il trouve de l'argent, une équipe soudée et des amis sur lesquels compter. Gary aura néanmoins le malheur de tomber amoureux de la sulfureuse Karole (Léa Seydoux), qui n'est autre que la femme de Toni, son patron. Petit à petit, Gary va sombrer sous les effets de son amour interdit et des radiations qui le contaminent.



Mais alors que l'on est censé "avancer" dans le film, on se rend compte qu'on erre un peu, sans doute autant que la réalisatrice elle-même, qui ne semble pas avoir réussi à faire des choix précis. Tout est un peu flou, décousu, la fin ouverte elle aussi entraînera son lot de frustration : s'agit-il d'un coup de maître censé plonger le spectateur dans la réflexion ou est-ce simplement la preuve ultime du manque de choix clairs de Zlotowski ?
Pas vraiment subtil, le film dévoile certains aspects négligés, comme une bande son des plus primaires, des dialogues grossiers, ce qui aurait pu faire le charme du récit finit par devenir lassant à la longue. Les aspects documentaires sur la vie ouvrière et prolétaire de Grand Central deviennent eux-mêmes trop noirs, penchent trop vers le thriller pour paraître crédibles.

Quant aux acteurs principaux, Tahar Rahim et Léa Seydoux, ils incarnent plutôt bien leurs personnages, mais ces derniers sont trop souvent caricaturaux pour que l'on s'y attache.

Présenté au Festival de Cannes en mai 2013, Grand Central semblait avoir conquis la critique - à quelques exceptions près. Mais ce trop-plein de didactisme et cette dimension "dissertation" ne m'a vraiment pas convaincue. Dommage, parce que le mélange des différentes atmosphères paraissait plutôt prometteur dans la première partie du film.


Jade-Rose Parker se lance dans l'écriture et dresse un portrait hilarant du monde du cinéma

dimanche 22 septembre 2013      Ta gueule ! On tourne

On l'avait vue blonde peroxydée et un peu garce dans le film LOL, de Lisa Azuelos. Aujourd'hui, Miss Depeyrefitte (ou plutôt, Jade-Rose Parker) se lance dans l'écriture et publie son premier roman au titre assez original : Ta gueule ! On tourne.

Nous partons à la rencontre de trois amis en constat d'échec : ils rêvaient d'une carrière à la Hollywood, ils se retrouvent tous les trois chômeurs. Karen enchaîne les casting, sans décrocher le moindre rôle valorisant. Michel n'arrive pas à produire un scénario qui tienne la route. François est dépressif, célibataire et complètement ruiné à cause de magouilles plus louches les unes que les autres. Ces trois personnages n'ont plus rien à perdre et se lancent dans un projet fou : ils veulent kidnapper six stars du cinéma (et pas des moindres) pour les obliger à jouer dans le film de Michel (dont Karen serait bien sûr la vedette et François le producteur).
Evidemment, tout était trop beau pour être vrai et les imprévus pleuvront sur les trois amis : revendications syndicales, caprices de star, manipulations, séduction et rivalité, l'entreprise insensée va vite tourner au véritable cauchemar.

Parfait pour la détente et garanti 0 prise de tête, Ta gueule ! On tourne se lit d'une traite. Cette comédie loufoque, fraîche et légère, révèle un "envers du décor" du cinéma un peu particulier, avec en guise de protagonistes des personnages plutôt attachants (tant du côté des "kidnappeurs anonymes" que des "kidnappés célébrissimes").
La lecture est rapide, les évènements s'enchaînent sans temps morts, à cadence justement maîtrisée. Les aventures rocambolesques de ce trio déjanté sauront égayer ce début d'automne et cette période un peu grisâtre de rentrée.

Un petit bonus : les descriptions assez réalistes des personnages célèbres amènent le lecteur à dresser des rapprochements ou à déceler des similitudes avec des célébrités existantes... Mais attention, toute ressemblance avec des personnes existantes ne surait être que fortuite !

(Re)découvrez la prestation époustouflante de Natalie Portman dans Black Swan

lundi 16 septembre 2013      Black Swan (Oscar® 2011 de la Meilleure Actrice)

Qu'on ait vu le film ou non, on a tous entendu parlé de Black Swan et de la prestation récompensée aux Oscars de Natalie Portman qui incarne une ballerine du New York City Ballet. Interdit aux moins de douze ans en France, ce thriller psychologique a connu un succès fulgurant et pour le moins inattendu du réalisateur lui-même.

Le plus grand rêve de Nina (Natalie Portman) est d'obtenir le si convoité double-rôle de « reine des cygnes » dans le célèbre ballet Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Le maître de ballet, Thomas (interprété par Vincent Cassel), est convaincu qu'elle fera un Cygne Blanc parfait, mais doute fortement que Nina soit aussi capable d'incarner le Cygne Noir, son double maléfique. Ce dernier rôle semble mieux correspondre à Lily (Mila Kunis, vue dans Sexe Entre Amis et Ted), pourtant Nina finira par triompher et obtenir les deux rôles.
Menant une vie entièrement gérée par sa mère, ancienne danseuse elle aussi, Nina se verra encouragée par Thomas à s'émanciper, notamment en révélant sa sensualité. À la fois troublée par ces nouveaux sentiments et obsédée par son rôle, qu'elle souhaite jouer à la perfection, Nina va commencer à avoir des hallucinations pour le moins troublantes...


A la fois dérangeant et intriguant, ce film s'inscrit vaguement dans la lignée de Requiem for a dream pour le côté hallucinations et de Basic Instinct pour son côté sulfureux et sensuel. Certaines scènes de Black Swan sont difficilement supportables à regarder, à la limite du gore et parfois un peu trop caricaturales.
La schizophrénie de Nina est vibrante de réalisme : la performance époustouflante de Natalie Portman porte le film à elle seule. Les efforts de l'actrice pour incarner au mieux ce rôle complexe (elle a du perdre dix kilos, suivi des cours de danse classique...) ont porté leurs fruits.

Cette ode à la danse classique retrace l'effrayante quête de la perfection d'une ballerine a priori sans histoires. Nina va reporter toute son attention et son énergie sur ce rôle, celui de sa vie, jusqu'à en rêver, jusqu'à vivre le rôle dans la vraie vie... Le spectateur réalise alors à son tour à quel point une telle obsession peut altérer une vie, jusqu'à parfois anéantir tout le reste. C'est là que Black Swan devient fortement troublant, on réalise jusqu'où la pression qu'un individu s'impose à lui-même peut mener.

Les acteurs sont tous excellents : Natalie Portman en premier lieu, évidemment, mais Vincent Cassel et Mila Kunis ne sont pas en reste à ses côtés, témoins de l'évolution de son personnage au même titre que Barbara Hershey (qui interprète la mère de Nina, dépassée par la métamorphose de sa fille). À leurs côtés, Winona Ryder interprète elle aussi une danseuse déchue, et Benjamin Millepied (danseur et chorégraphe français, devenu aujourd'hui le mari de Natalie Portman) incarne le rôle du Prince Siegfried dans le ballet du Lac des Cygnes.
L'ambiance du film reste assez sombre et glauque, des coulisses du ballet à la boîte de nuit, en passant par la chambre d'enfant de Nina ou les couloirs de l'hôpital. Le spectateur est plongé dans cette ambiance du début à la fin, qui ne laisse pas de place à un espoir d'amélioration.

Black Swan est un film à voir, ne serait-ce que pour se forger son propre avis sur cette œuvre de Darren Aronofsky. J'en sors un peu perplexe, partagée entre cette étrange sensation de malaise que j'ai ressentie à la fin du film et une autre sensation de non-achevé, comme s'il avait manqué quelque chose...


Le retour des Anglais d'Arctic Monkeys

samedi 14 septembre 2013      AM

Il y a quelques années, quand j'étais ado, c'était "in" d'écouter Arctic Monkeys, on s'autoproclamait tous "Fluorescent Adolescents" et on était contents. Alors quand j'ai vu que la formation de Sheffield venait de sortir un nouveau disque, j'ai forcément souri un peu et je me suis dit "Tiens, pourquoi pas ?". Surtout qu'on en entend parler un peu partout : à la télé, sur le net, et les CD sont mis en tête de gondole à la Fnac et dans les supermarchés.
Forcément, à ce niveau-là, ça révèle déjà que l'album est accessible et appréciable du plus grand nombre (mauvais signe pour moi, qui ai l'oreille un peu difficile).

En premier lieu, ce qui m'a un peu interpellée et perturbée, c'est que les chansons se suivent mais... ne se ressemblent pas. D'un titre à l'autre, les rythmes varient, mais même le genre ne semble pas être le même. On passe du rockabilly à la pop-Beatles, en passant par certaines rythmiques hip-hop et des sonorités électro.
Mais les premiers titres, Do I Wanna Know? et R U Mine?  - déjà disponibles à l'écoute depuis un moment - sont plutôt entraînants, plaisants à écouter, avec un refrain entêtant qu'on ne peut s'empêcher de fredonner. Restait à découvrir les dix morceaux suivants, qui se devaient donc d'être dans la lignée des deux premiers.
J'ai été agréablement surprise par des riffs puissants et les vocalises tantôt aiguës, tantôt plus graves, du leader Alex Turner. Mais sur certains morceaux, il est clair que le rythme s'essouffle un peu, No. 1 Party Anthem et Mad Sounds sont même carrément mélancoliques. Heureusement, les choses sont reprises en main dès le morceau suivant, Fireside, à l'ambiance un peu psychédélique, puis Why'd You Only Call Me When You're High? (encore un titre avec un point d'interrogation, décidément!) continue sur la même lancée : c'est l'un de mes coups de cœur de l'album. Snap Out Of It est très bon aussi, je l'imagine plutôt bien à la radio d'ici quelques semaines. Les derniers titres semblent un peu faner, mais I Wanna Be Yours est très touchante, parfaite pour terminer l'album en douceur, qui n'est pas sans rappeler 505, le dernier titre de Favourite Worst Nightmare, un précédent album du groupe.
 
Là où Arctic Monkeys excelle, c'est dans les paroles des chansons. Même sur les mélodies les plus naïves, un peu guillerettes et simplistes, les paroles sont souvent pleines de réflexion, avec métaphores et délicieux sous-entendus si l'on tend un peu l'oreille.
Des titres comme R U Mine? et Do I Wanna Know? sont prédestinés à l'écoute sur les ondes, il n'y a pas de soucis à se faire pour la réussite de ces derniers (R U Mine fait d'ailleurs partie de mes titres favoris de l'album, avec Why'd You Only Call Me When You're High et I Wanna Be Yours). Les autres chansons, un peu quelconques et inégales, restent certes appréciables, mais n'ont franchement rien d'exceptionnel.

Le contenu de l'album AM est un peu à l'image de son titre : plutôt efficace, qui reste un peu en tête, mais pas réellement recherché et sans rien d'exceptionnel. Niveau "souvenirs d'adolescence", j'avoue que je suis un peu restée sur ma faim...



Leçon de vie à dos de cheval

vendredi 06 septembre 2013      La Leçon d'équitation

Vous savez ce qu'était ma vie ? Je ne parle pas de mes succès. Ni même de mon accident ni de la mort de mon cheval. Je parle du fait d'avoir été forcée de consacrer tout mon temps à une activité qui ne me plaisait pas. D'avoir été privée d'aller à l'école car cela aurait empiété sur mon temps d'entraînement. De ne pas avoir eu d'amis parce que je n'avais jamais l'occasion de rencontrer personne. D'avoir été affectivement lésée et d'en subir les conséquences aujourd'hui.

Anne-Marie Zimmer avait tout ce dont les jeunes filles passionnées d'équitation peuvent rêver : son propre cheval, Highland Harry, des parents propriétaires d'un centre équestre, des résultats de compétition lui promettant une carrière olympique... Mais après un terrible accident de jumping qui coûta la vie à son cheval, la jeune fille de dix-huit ans voit tous ses rêves partir en fumée.
Vingt ans plus tard, elle s'est éloignée de cette vie d'athlète et mène avec son mari Roger et sa fille adolescente Eva une vie tout ce qu'il y a de plus normal. Mais en un laps de temps, tout va basculer une nouvelle fois : Anne-Marie se fait virer, sa fille traverse une violente crise d'adolescence, son mari la quitte pour une femme beaucoup plus jeune et elle apprend que son père est atteint d'une grave maladie. Il est l'heure pour elle et Eva de quitter le Minnesota pour revenir dans le ranch familial du New Hampshire...

La Leçon d'équitation est un roman plein de réalisme et véritablement poignant. Pour une fois, on s'éloigne des histoires un peu clichées centrées sur l'équitation, dans lesquelles l'héroïne est une jeune adolescente passionnée de chevaux qui parvient à sauver des centres équestres d'incendie ou à se lier d'amitié avec un étalon sauvage. Ici, l'héroïne approche de la quarantaine, voit sa vie toute entière s'effondrer et a vainement essayé de tourner le dos à ce sport pourtant si populaire.
De retour dans le centre équestre de sa jeunesse, elle retrouve son premier amour Dan, mais aussi - et surtout -, elle croisera la route d'un cheval qui ressemble à s'y méprendre au Highland Harry de sa jeunesse... Sans crier gare, la passion dévorante qu'elle croyait disparue se réveille et participera à la renaissance d'Anne-Marie.

Ce roman s'inscrit dans la lignée de L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Ecrit de façon fluide et bien rythmé, il se lit rapidement : les chapitres sont courts et les événements s'enchaînent, ce qui donne envie au lecteur de continuer à tourner les pages. Il n'est pas nécessaire d'être féru d'équitation pour apprécier la plume de Sara Gruen, mais les adeptes de sport équestre ne pourront s'empêcher de s'interroger : "Et si j'avais été à la place d'Anne-Marie, est-ce que j'aurais continué de monter à cheval ?".

Plus qu'une simple Leçon d'équitation, ce livre est une leçon de vie qui amène de nombreuses interrogations. A recommander à tous les amateurs de bonne lecture et - bien évidemment - à tous les amateurs de chevaux !